Les fils conducteurs - Guillaume Poix

Adultes
Livre

D’un côté il y Jacob, jeune Ghanéen de 11 ans qui, son père mort, déménage avec sa mère à Accra. Une nouvelle vie, loin des champs de café, où le besoin de subsister le pousse à abandonner l’école et à travailler dans une immense déchetterie à ciel ouvert, Agbogbloshie. Là s’amoncèlent des tonnes de déchets électroniques envoyés de toute l’Europe. Adultes et enfants s’y cotoîent dans les fumées empoisonnées des incinérations.

De l’autre, Thomas, jeune photographe prometteur et en quête du reportage choc qui le rendra célèbre, part faire un reportage dans la décharge d’Accra.

Deux destins qui vont se croiser de manière dramatique.

Quelle découverte que ce livre de Guillaume Poix ! Un premier roman qui d’emblée s’impose dans le monde littéraire français comme une voix singulière. A la fois prenant, poétique et percutant, « Les fils conducteurs »  frappe dès les premières pages par son style original. L’auteur malaxe la langue comme une glaise, bouscule les structures traditionnelles bien ordonnées. Les mots s’entrechoquent, torrentueux et bruts comme la pensée dans son flux spontané, créant un rythme syncopé parfois inconfortable pour le lecteur – mais il est tellement satisfaisant de dépasser de temps en temps sa zone de confort !

Et puis il y a ce langage inventé par Guillaume Poix et que l’on retrouve dans la bouche de Jacob et de tous les travailleurs de la déchetterie, une sorte de pidgin, mélange de mots français, anglais, voire allemands ou espagnols ; un Espéranto à l’image des produits traités par ces chiffonniers, qui proviennent du monde entier.

De ses dialogues et descriptions ressort une poésie drôlatique, un humour ironique et des images qui surviennent comme des visions : la « Bosse » - la déchetterie -  en particulier, dantesque, où le jour ressemble à la nuit tant les fumées des incinérateurs baignent toute chose dans un éternel crépuscule, éclairée sporadiquement par les éclats des chalumeaux, apparaît comme la matérialisation monstrueuse de notre société de consommation.

Sous la gouaille de ces charbonniers des temps modernes, nouveaux esclaves de la mondialisation, et au-delà du ridicule de Thomas, européen « repu » et paumé dans ce pays du Tiers-monde si éloigné de son confort habituel, le drame affleure : dans le désespoir de la mère de Jacob qui ne sait comment retenir son fils « avalé » chaque matin par la masse vivante et destructrice de la « bosse » ; dans la présence inquiétante de deux individus, Wisdom et Justice, rabatteurs pour un potentat local, qui déploient toute leur persuasion sournoise pour entraîner Jacob et ses amis dans un commerce encore plus sale que celui de la récupération de métaux.

Mais la beauté est là, éclatante, malgré la crasse ambiante et la perversion des âmes ; elle brille à travers l’amitié sincère et spontanée de Jacob et d’Isaac, la figure pure de Gifty, jeune fille qui vend des briquets et aimée par Jacob… Et c’est cette impression que tout n’est pas perdu - malgré le  constat pessimiste dressé par l’auteur - que nous retenons après la lecture de ce superbe roman.

Pour moi, LE roman marquant de cette rentrée littéraire, une voix singulière et inventive!

Ed. Verticales - 2017

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