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Les premiers romans

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Farallon Islands – Abby Geni

Les Iles Farallon : un petit bout de terre à une cinquantaine de kilomètres au large de San Francisco, un archipel hostile, accidenté, battu par les vents, et paradis des animaux. Baleines, requins, éléphants de mer, nombreux oiseaux règnent sur ces îles. Nulle trace humaine sur ces contrées sauvages et rocailleuses, si ce n’est une poignée de biologistes passionnés, vivant à l’année dans des conditions précaires.

C’est dans cet environnement atypique que débarque Miranda, jeune photographe animalière, autorisée à rejoindre ces scientifiques pour photographier la faune sauvage. L’inconfort du lieu est loin de déranger Miranda, elle qui a parcouru le monde, de la jungle au désert, comme pour fuir le fantôme de sa mère, perdue il y a 20 ans, mais qui continue de la hanter, et à qui elle ne cesse d’écrire des lettres.

Miranda va devoir apprivoiser non seulement l’espace accidenté des îles, mais surtout l’espace intérieur de la bicoque étriquée, maison spartiate et communautaire, qui n’autorise aucune intimité. La promiscuité étouffante n’empêche cependant pas à chacun des personnages de conserver une part de mystère, qui se transforme en menace.

Ce premier roman d’Abby Geni est remarquable, tant par la prouesse de plonger le lecteur dans un environnement insulaire à la fois hostile et grandiose, que par l’acuité avec laquelle les rapports humains sont scrutés. L’oppression, le huis-clos s’installent peu à peu, et deviennent en même temps la clé d’un cheminement vers la liberté pour Miranda.

Un gros coup de cœur !

Editions Actes Sud – 2017

Myriam

Le sympathisant - Viet Thanh Nguyen 

« Le sympathisant » est le premier roman d’un universitaire d’origine vietnamienne réfugié enfant aux Etats Unis pour fuir la guerre dans son pays d’origine. Le narrateur, capitaine dans une armée étatique en déroute, prisonnier des communistes, se remémore sa fuite de Saïgon, sa nouvelle vie aux Etats-Unis et ses déchirements intérieurs : il est en effet tiraillé entre sa fidélité à son supérieur, un général qu’il respecte mais qui représente un régime honni au service de puissances étrangères et les Vietcongs dont il est l’espion infiltré mais dont les pratiques et les idées se révèlent finalement aussi contestables et violentes que le régime en place. Bâtard né d’une mère vietnamienne et d’un père prêtre français catholique, le narrateur est sans cesse rappelé à son statut de paria, ni d’un camp ni de l’autre, ni d’un pays ni de l’autre. Une nouvelle vie aux Etats-Unis est-elle possible dans ses conditions ? Ou le fantasme d’un retour au pays est-il réalisable ? Quel sera le prix à payer pour sauvegarder sa véritable identité ?

Ce premier roman, prix Pulitzer 2016, questionne donc de manière magistrale – et drôle - la dualité d’un héros sans cesse en butte à des fidélités contraires. Entre capitalisme et communisme, entre Orient et Occident, entre une vie d’espion et une vie ordinaire, quelle voie choisir ?

Son originalité ? Choisir de raconter les faits selon le point de vue du héros qui pour une fois n’est ni Français ni Américain mais Vietnamien. Et qui plus est, l’auteur choisit de faire de son héros un agent double, ce qui rajoute encore à la complexité du personnage et de l’histoire. Car « Le sympathisant » n’est pas un roman d’espionnage ordinaire mais un récit multiforme détonnant ; un mélange très réussi entre un récit d’action, une réflexion approfondie sur les relations entre Américains et Vietnamiens réfugiés et – chose plus inattendue dans un roman d’espionnage - un humour féroce qui fait mouche (je pense en particulier à l’épisode du tournage pour lequel le narrateur est embauché en tant que « consultant en authenticité »).

Un roman brillant qui marque cette rentrée littéraire.

Edition Belfont - 2017

Rozenn

Le courage qu’il faut aux rivières – Emmanuelle Favier

Dans ce premier roman, Emmanuelle Favier nous présente le destin de Manushe, une de ces « Vierges jurées » qui, pour échapper à un mariage dont elle ne voulait pas, fait vœux de chasteté et endosse l’habit d’un homme. Cette tradition, qui a encore cours dans le Nord de l’Albanie, permet à ces femmes de vivre la vie d’un homme, avec ses droits - « Travailler, posséder, décider » -et ses devoirs. Mais au prix du déni de leur féminité et de leurs désirs. Avec l’arrivée d’un homme, séduisant et mystérieux dans son village, Manushe sent qu’une nouvelle vie est possible. Mais le village et le poids des traditions sont là pour lui rappeler son serment…

La quatrième de couverture m’avait tout de suite intriguée : ces vierges jurées m’apparaissaient comme une légende et en avait le charme et le mystère. Et je n’ai pas été déçue. Par son sujet original et son écriture délicate et poétique, Emmanuelle favier m’a transportée dans un autre monde, archaïque et envoûtant. A travers trois personnages, Manushe, Adrian et Dirina, l’auteur pose la question de l’identité, des contraintes sociétales et du courage qu’il faut-en particulier aux femmes- pour reprendre leur vie en main.

Une écriture magnifique, sensuelle et une histoire romanesque qui nous emporte !

Ed.Albin Michel - 2017

http://culturebox.francetvinfo.fr/livres/romans/le-courage-qu-il-faut-au...

Rozenn


Les fils conducteurs - Guillaume Poix

D’un côté il y Jacob, jeune Ghanéen de 11 ans qui, son père mort, déménage avec sa mère à Accra. Une nouvelle vie, loin des champs de café, où le besoin de subsister le pousse à abandonner l’école et à travailler dans une immense déchetterie à ciel ouvert, Agbogbloshie. Là s’amoncèlent des tonnes de déchets électroniques envoyés de toute l’Europe. Adultes et enfants s’y cotoîent dans les fumées empoisonnées des incinérations.

De l’autre, Thomas, jeune photographe prometteur et en quête du reportage choc qui le rendra célèbre, part faire un reportage dans la décharge d’Accra.

Deux destins qui vont se croiser de manière dramatique.

Quelle découverte que ce livre de Guillaume Poix ! Un premier roman qui d’emblée s’impose dans le monde littéraire français comme une voix singulière. A la fois prenant, poétique et percutant, « Les fils conducteurs »  frappe dès les premières pages par son style original. L’auteur malaxe la langue comme une glaise, bouscule les structures traditionnelles bien ordonnées. Les mots s’entrechoquent, torrentueux et bruts comme la pensée dans son flux spontané, créant un rythme syncopé parfois inconfortable pour le lecteur – mais il est tellement satisfaisant de dépasser de temps en temps sa zone de confort !

Et puis il y a ce langage inventé par Guillaume Poix et que l’on retrouve dans la bouche de Jacob et de tous les travailleurs de la déchetterie, une sorte de pidgin, mélange de mots français, anglais, voire allemands ou espagnols ; un Espéranto à l’image des produits traités par ces chiffonniers, qui proviennent du monde entier.

De ses dialogues et descriptions ressort une poésie drôlatique, un humour ironique et des images qui surviennent comme des visions : la « Bosse » - la déchetterie -  en particulier, dantesque, où le jour ressemble à la nuit tant les fumées des incinérateurs baignent toute chose dans un éternel crépuscule, éclairée sporadiquement par les éclats des chalumeaux apparaît comme la matérialisation monstrueuse de notre société de consommation.

Sous la gouaille de ces charbonniers des temps modernes, nouveaux esclaves de la mondialisation, et au-delà du ridicule de Thomas, européen « repu » et paumé dans ce pays du Tiers-monde si éloigné de son confort habituel, le drame affleure : dans le désespoir de la mère de Jacob qui ne sait comment retenir son fils « avalé » chaque matin par la masse vivante et destructrice de la « bosse » ; dans la présence inquiétante de deux individus, Wisdom et Justice, rabatteurs pour un potentat local, qui déploient toute leur persuasion sournoise pour entraîner Jacob et ses amis dans un commerce encore plus sale que celui de la récupération de métaux.

Mais la beauté est là, éclatante, malgré la crasse ambiante et la perversion des âmes ; elle brille à travers l’amitié sincère et spontanée de Jacob et d’Isaac, la figure pure de Gifty, jeune fille qui vend des briquets et aimée par Jacob… Et c’est cette impression que tout n’est pas perdu - malgré le  constat pessimiste dressé par l’auteur - que nous retenons après la lecture de ce superbe roman.

Pour moi, LE roman marquant de cette rentrée littéraire, une voix singulière et inventive!

Ed. Verticales - 2017

Rozenn

Un silence de mort - Paul Mendelson

2014 au Cap en Afrique du Sud : les corps nus de deux adolescents blancs viennent d’être retrouvés dans une benne à ordures.

2007 : Trois jeunes garçons sont enlevés dans la même journée… et ne seront jamais retrouvés.

Les deux crimes sont-ils liés ? Et si oui, le troisième enfant est-il encore vivant? Une course contre la montre commence alors pour Le colonel Vaughn de Vries. Ce dernier, encore marqué par l’échec de sa première mission, se lance à corps perdu dans cette nouvelle enquête. 

Mis sur la sellette ainsi que son service par des supérieurs ambitieux, le colonel devra naviguer à vue dans un contexte lourd de racisme latent et d’intrigues politiques pour mettre au jour un monde aux noirceurs insoupçonnées.

« Un silence de mort » est le premier roman de Paul Mendelson. C’est la curiosité et le goût du voyage qui m’ont poussée vers ce livre qui parle d’un pays encore mal connu. L’auteur nous y offre l’image d’une Afrique du Sud ambigüe, encore déchirée par ses anciens démons ;  un pays qui, bien qu’ayant supprimé l’Apartheid, reste en proie au racisme mais aussi aux luttes de pouvoir et à la corruption. Le pouvoir semble avoir changé de mains et les Noirs autrefois ostracisés sont aujourd’hui aux manettes. Et ils voudraient bien mettre au rancard des flics blancs de l’ancienne génération comme Vaughn de Vries.

Un contexte qui ne va pas aider notre héros désenchanté et un brin alcoolo à résoudre l’affaire complexe dont il est chargé. Nous restons nous-mêmes perplexes devant le peu d’indices que nous offre l’auteur et autant vous le dire les fausses routes et les chaussestrappes sont nombreux dans cette histoire ! Même si les manigances politiques sont un peu trop présentes à mon goût et ralentissent l’action, ce roman policier est plutôt prenant et laisse augurer d’un avenir engageant pour Paul Mendelson et ses lecteurs.

Ed. du Masque – 2017

Rozenn

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