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Les romans français

  • Les Renards Pâles - Yannick Haenel (Gallimard - 2013)

Pour cette rentrée littéraire, Yannick Haenel nous offre un nouveau roman dérangeant, sombre, qui ne pourra laisser personne indifférent.

Juin 20**, Jean Deichel se retrouve sans logement et décide alors de vivre dans sa voiture. Il survit avec les moyens du bord, côtoyant d’autres laissés pour compte, marqués par la vie, allant de la communauté des sans papiers aux artistes rebelles.

Au cours de ses errances dans les rues de Paris, une inscription sur un mur, une véritable révélation pour lui, le conduira vers les mystérieux « Renards pâles ».

Sur un ton tantôt sarcastique, tantôt colérique, l’auteur décrit avec poésie l’injustice, la révolte grondante contre un monde qui les ignore et les rabaisse sans cesse.

Ce roman m’a interpellée, parfois agacée par les reproches incessants et les délires de l’auteur qui rendent l’histoire parfois irréaliste, mais aussi et surtout touchée par les personnages, par leur histoire qui pousse à la réflexion même le livre refermé.

Yannick Haenel a le mérite de s’attaquer à des sujets « tabous » mais pourtant d’actualité.

Oserez–vous être « dérangés » ?

  • La nostalgie heureuse - Amélie Nothomb (Albin Michel - 2013)

Le dernier livre d'Amélie Nothomb est-il un roman ou un récit autobiographique ? Sans doute les 2 à la fois.

En effet, dans ce livre, Amélie revient dans son Japon natal accompagnée par une équipe de télévision, qui souhaite filmer les lieux qui ont inspiré 2 de ses romans.

Elle est née au Japon, en 1967, qu'elle a dû quitter à l'âge de 5 ans, son père étant ambassadeur. Ce premier déracinement l'a beaucoup marquée, car elle a dû se séparer de Nishio-san, sa gouvernante qu'elle considère comme une seconde mère.

Les retrouvailles avec Nishio-san constitue un moment émouvant du livre. D'autant que la vieille femme semble abandonnée des siens et perdue. Ensuite, Amélie se rend sur les lieux de son enfance, où elle ne reconnaît rien, puis à Fukushima.

A la fin du livre, elle retrouve Rinri, son fiancé éconduit (voir Ni d'Eve ni d'Adam, largement inspiré de cette partie de sa vie) : rencontre décevante, mais que fallait-il en attendre ?

Ce livre m'a laissé un sentiment mitigé car la narratrice ne joue pas vraiment le jeu du voyage : elle veut tout contrôler car elle est filmée et cela freine la sincérité du récit.

A lire si vous êtes un(e) inconditionnel(le) d'Amélie.

  • Le dernier seigneur de Marsad - Charif Majdalani (Seuil-2013)

Dans son nouveau roman, Charif Majdalani nous transporte dans le quartier de Marsad, à Beyrouth, dans le Liban des années 60. Chakib Katthar, chef d’une famille puissante de notables chrétiens, vient d’apprendre l’enlèvement de sa fille par son bras droit, Hamid Chahine. Au-delà du scandale que constitue cet acte qui compromet la réputation de sa fille et de sa famille, c’est toute la stratégie de transmission de son héritage que le patriarche voit compromise. Il ne peut en effet compter sur ses fils qui se détournent des affaires familiales, et Hamid constituait donc son seul salut. Cet accroc dans une ascension exemplaire n’est que la première étape vers une déchéance qui s’avère inéluctable.

Dans un style très vivant, l’auteur nous entraîne dans cette histoire passionnante d’une famille de notables libanais dont le déclin reflète les bouleversements que subit le Liban, victime d’une guerre civile destructrice. Une fresque intime sur fond d’Histoire qui se lit d’une traite. Un vrai plaisir ! 

  • Les évaporés - Thomas B. Reverdy (Flammarion-2013)

Un homme est assis seul devant la lettre d’adieu qu’il vient d’écrire à sa femme. Licencié sans explication par son patron, Kaze a décidé de quitter sa famille, sa maison, sa vie d’avant et de disparaître, rejoignant ainsi la foule des sans-noms, les « évaporés » comme on les nomme au Japon.

Installée à San Francisco, Yukiko, la fille de Kaze, décide de revenir au Japon accompagnée de son ex-petit ami, Richard B. Ce dernier, poète et détective, a accepté de l’accompagner afin d’enquêter sur la disparition de son père. Commence alors une immersion dans le monde parallèle des quartiers pauvres de Tokyo où se réfugient ces oubliés de la société. 

Dans ce roman, Thomas B. Reverdy  nous convie à une balade mélancolique à travers un Japon d’après Fukushima ravagé par le Tsunami et miné par la crise et la corruption. Malgré un style à mon sens pas tout à fait abouti oscillant entre des touches d’humour et une poésie presque onirique, c’est une histoire qui se lit bien, très intéressante du point de vue de la découverte d’une culture aux nombreux aspects mystérieux pour les occidentaux que nous sommes. «Les évaporés», c’est un roman qui hésite entre enquête policière, histoire d’amour, et fable écologique, mais c’est surtout l’histoire d’une fuite qui peut être aussi un recommencement.

  • Robert Mitchum ne revient pas - Jean Hatzfeld (Gallimard-2013)

L'histoire de deux jeunes gens, amoureux en Yougoslavie dans les années 1990.
Marija et Vahidin font tous les deux partie de l'équipe olympique de tir, elle est serbe, il est musulman.
Lorsque la guerre éclate, ils sont séparés, lui est enfermé avec sa famille dans Sarajevo, elle est restée à l'extérieur du coté serbe. 
Un roman sur une histoire d'amour contrariée, bien sûr, mais surtout un roman sur des êtres humains embarqués dans une guerre qu'ils n'ont pas voulu, ni vu venir.
Sans voyeurisme, ce roman montre l'évolution des mentalités lorsque le monde autour bascule.

  • Les Saisons de Louveplaine - Cloé Korman (Seuil-2013)

Nour décide de quitter son Algérie natale pour rejoindre son mari, Hassan, installé depuis plusieurs mois en Seine-Saint-Denis, dans l'espoir de se dessiner un avenir meilleur. Sans nouvelles de son époux depuis plusieurs semaines, la jeune femme rejoint ce territoire inconnu, Louveplaine, un paysage urbain qui n'est pour elle qu'étrangeté. C'est alors à l'absence qu'est confrontée Nour, en découvrant l'appartement du quinzième étage de la tour Triolet: nulle trace de son mari. D'abord prostrée dans son logement vide, Nour s'ouvre peu à peu à cette banlieue hostile, à cet univers, en apprivoisant ses habitants. Le portrait du mari absent se dessine peu à peu, entre économie parallèle et mauvaises fréquentations.

Ce roman urbain, s'il parvient à livrer une image sincère de la banlieue, manque selon moi de souffle et cherche son identité. La quête de Nour, retrouver le mari absent, semble un fil bien ténu pour servir une enquête ou intrigue bien souvent laissée de côté pour donner à voir une banlieue et ses habitants à travers des digressions qui manquent cruellement de cohérence. Certes, les voix et les histoires retranscrites touchent par leur justesse et ne s'apparentent pas à des images d'Epinal servies par les infos du soir, mais le roman se perd dans ce labyrinthe urbain. Si Cloé Korman réussit à dessiner une poétique de la banlieue, à entrer dans sa complexité et sa diversité, l'auteur abandonne son héroïne et sa quête, et se cantonne à une vision sociologique, fût-elle livrée par le prisme de la poésie, qui manque de consistance.

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